mardi 2 juin 2009

La chasse

Je mange un morceau de gâteau sec qui baigne dans un crémage – un coulis, une ganache ? – au chocolat graisseux. Ça ressemble à de la margarine brune oubliée sur un comptoir pendant la canicule. Je mastique pourtant. Machinalement. Absente. Mes parents sont morts et le frère de mon ex-mère m’accueille pour souper. L’ambiance est étrange. Je ne sais trop si c’est mon état ou l’ambiance usuelle qui prévaut dans leurs rencontres familiales. Nous mangeons sur une espèce de terrasse recouverte au ¾ d’une moustiquaire. Les mouches et les autres bestioles entrent par le ¼ restant. Dans le coin sud de la terrasse, un bahut crasseux. Mon oncle se lève, ouvre les armoires. Je ne regarde pas dans sa direction, toute occupée que je suis par l’apparence de mon dessert. Il revient à la table et dépose quelque chose à ses pieds. Je le regarde un moment et je poursuis mon aventure dans l’ingestion dudit morceau de gâteau. Je regarde la forêt qui nous entoure. J’ai froid dans le dos. Soudain, un mouvement furtif entre les sapins. J’aperçois du coin de l’œil – en même temps que mon oncle, je le sais maintenant – la belle queue touffue d’un écureuil roux. Je le baptise Jean-François. D’un geste rapide pour un homme de sa corpulence, mon oncle prend son gun qu’il avait soigneusement camouflé en dessous de la table, et tire sur Jean-François.

On m’a permis de ne pas terminer mon morceau de gâteau.

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