mercredi 3 juin 2009

Le ver et le vieux

Le pêcheur tombe subitement dans la lune. Le ver entre les doigts. Le regard vide il ne se rend même pas compte qu’une pluie fine tombe sur sa casquette. Parti au large avant l’aube il s’était promis une belle journée de prise. Le vent monte légèrement créant de magnifiques moutons sur la surface de l’eau. Toujours dans la lune il se berce au rythme des vagues pendant que le ver se tortille de tout son long en attendant d’être hameçonné. Au fond de sa barque, une boîte rouge contenant un sandwich au jambon, une draft et un bout de fromage. Dans ses poches un vieux paquet de clopes trempé du temps ou il fumait encore et un canif qui couperait difficilement un brin d’herbe.

La pluie persiste et mouille ses doigts. Le ver se déprend et chute sur le pantalon du pêcheur. Les moutons se font de plus en plus imposants. Normalement pour se réchauffer le pêcheur aurait à ce moment sorti de son manteau un flasque contenant quelque gorgées de whisky bon marché mais il ne bougea pas d’un poil. Sa canne à pêche brune muni d’un manche en liège culbute de gauche à droite sur le rebord de l’embarcation.

Les nuages se sont dispersés au dessus du lac laissant traverser quelques rayons de soleil. Le ver se prélasse sur le genou du pêcheur croyant s’être sauvé d’une mort certaine. Cela fait plusieurs heures que le marin d’eau douce n’a pas lancé sa ligne. Il n’a même pas bougé le petit doigt. Le vent est tombé et la barque semble figée au milieu d’un immense miroir.

Du rivage on pouvait apercevoir la silhouette immobile du vieil homme.
Les gens du port croyaient avoir à faire à un pêcheur ayant la patience d’un loup.
Il a fait très chaud cette après-midi là. Quand ils l’ont rapporté au bord le fromage et le vers étaient complètement secs.

C’est l’histoire qui m’est venue en affichant l’image d’un pêcheur sur mon desktop!
Je retourne bosser.

Libellés :