mardi 2 juin 2009

Mécanismes de résolution de conflits rétro

Mon grand-père s’appelait Achille. Il a été un des premiers francophones, chef de chantier d’une des alumineries de Shawinigan. Ses "hommes" l’appelaient le "Fou à Br……… " Je n’ai pas connu ce monsieur, un peu dur, opiniâtre et bourreau de travail. À 52 ans, il a arrêté d’être le boss : son cœur n’en pouvait plus.

J’ai connu par contre celui qui restait debout, accoté à son bar des années 70 et qui mettait Jive Bunny, Swing the Mood, en me regardant d’un air malicieux. Il savait que ça ferait lever la famiglia… Mon grand-père a fait une promesse à Dieu lorsqu’on a découvert que sa fille aînée avait la polio : si elle survit, je n’entrerai plus dans un bar. Elle a survécu. On m’a décrit cette scène plusieurs fois, et je l’imagine clairement. Je vois mon grand-père à 55, 60 et puis 70 ans, avec son chapeau d’un autre temps, son imperméable bleu-marin, son parapluie noir, le pantalon gris et la chemise blanche bien repassés, les cheveux blancs -nombreux- bien ramenés à l’arrière, à l’entrée d’un débit de boisson. Fier. Le rictus sévère. Droit. Calme. Il criait comme un fou le nom d’un de ses gendres : mon maudit T….. à marde, sors du bar et viens nourrir tes enfants !

Les alcooliques anonymes trash… Mon grand-père qui ramène sa famille dans le droit chemin.

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