Ode au Purel
Je ne te touche pas, tu ne me touches pas, on ne s’envoie même pas la main de peur que des coliformes fécaux voyagent à la vitesse grand V à cause d’un clignement de yeux trop musclé. Dans les bureaux beiges, beiges pâles avec une touche de beige foncé, saluer est contagieux, sourire est venimeux et transmettre un peu de chaleur humaine se conjugue au plus-que-passé. Lundi matin, mardi matin, mercredi matin, jeudi matin, vendredi matin… Pas d’odeur de café réconfortante – équitable ou non- pas de muffins offerts à la ronde, même pas de fragrance de pot-pouri… Non, juste une odeur forte, éthérée, lancinante et distinctive. Le matin, les travailleurs et les travailleuses arrivent 5 minutes plus tôt, se mettent en rang devant l’entrée, se dénudent et reprennent leurs vêtements en fin de journée. Pas de pudeur, pas de honte : personne ne se regarde de toute façon. Les douches prennent tout un étage de l’immeuble qui en a cinq… La mécanique est bien huilée, la discipline est suivie à la lettre : 50 personnes peuvent entrer en même temps dans les vestiaires constitués en douche. Pischhhhh… Les corps en santé se font asperger… Re-pischhhhh : sécurité, prévention et homogénéité : les employés reçoivent leur dose de Purel… Purs pour prendre les décisions, purs pour conseiller le ministre de la Santé, purs pour décider de ce que sont les saines habitudes de vie, purs pour déterminer et choisir les investissements rentables. Ah Purel, quand tu nous sauves des bactéries…
Libellés : les cubicules du désespoir



