Les 12 travaux
Je suis revenue au bout de 10 ans dans une petite capitale régionale qui avait connu des jours meilleurs. Les 11 personnes qui croyaient encore en elle m’ont attendu de pieds fermes au sortir du terminus d’autobus. Et ça en a fait 12... Douze comme douze mois de l’année, douze apôtres... Douze travaux d’Astérix. Relever la région, la porter au bout de ses bras parce qu’on l’aime, parce qu’on y voit tout le potentiel... Et si on abattait cette maudite autoroute qui a coupé son cœur en deux, et si on était capable de ré-ouvrir cette salle de spectacles pour que les gens viennent montrer leur talent et pour être en mesure de faire vivre les artistes en région, et si on était capable de monter une opposition au maire démagogique, et si on pouvait enfin l’ouvrir ce marché public sur la main, et si on faisait vraiment revenir les trippeux et les familles dans ces premiers quartiers délabrés, et si on était capable de recoudre les plaies des junkies et des putes de 40 ans, et si on devenait la première capitale régionale verte, et si, et si, et si... On s’essouffle à voir que le gouffre se creuse à des endroits où on ne le voyait plus.
Pourtant, arrivée en ville, on n’oublie pas tout à fait qu’ils sont 11 de nouveau. Mais on développe une coolitude quasi cruelle qui fait qu’on déploie des rires en rapportant leurs coquetteries... Rire pour ne pas trop regretter les gestes qu’on a décidés de poser. J’ai quitté une capitale régionale scindée. Mais je me demande si on ne m’a pas aussi coupée en deux.
Pourtant, arrivée en ville, on n’oublie pas tout à fait qu’ils sont 11 de nouveau. Mais on développe une coolitude quasi cruelle qui fait qu’on déploie des rires en rapportant leurs coquetteries... Rire pour ne pas trop regretter les gestes qu’on a décidés de poser. J’ai quitté une capitale régionale scindée. Mais je me demande si on ne m’a pas aussi coupée en deux.
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